Les députés adoptent un amendement pour débaptiser les steaks, saucisses ou filets vegans

Le projet de loi agriculture et alimentation est examiné depuis le mardi 17 avril à l’Assemblée nationale en commission des Affaires économiques. Un amendement inattendu a été adopté par les députés le jeudi 19 avril lors de ces discussions. Le texte vise à réguler l’appellation des produits végétaux et concerne notamment les aliments vegans. Pour rappel, le véganisme est un mode de consommation qui exclut les produits issus de l’exploitation animale : viandes, poissons, produits laitiers, vêtements issus des animaux, cosmétiques testés sur eux, etc. La croissance de cette pratique a amené au développement de produits végétaux imitant les aliments carnés ou reprenant leur nom.
“Les dénominations associées aux produits d’origine animale ne peuvent pas être utilisées pour commercialiser des produits alimentaires contenant une part significative de matières d’origine végétale”, indique l’amendement adopté. Il en serait donc fini des “steaks” de soja ou de lentille, des “saucisses” vegans ou encore des aliments “goût bacon”. Cette “part significative de matières d’origine végétale” n’est pas encore définie précisément, elle sera fixée par arrêté, si le projet de loi agriculture et alimentation est bien promulgué. Les contrevenants à cet amendement risqueront une amende pouvant aller jusqu’à 300 000 euros.
Des dénominations trompreuses pour le consommateur argumente l’amendement
Alors que les entreprises de l’agroalimentaire trouvent des répliques de viandes plus en plus convaincantes, le texte de l’amendement argumente que leurs dénominations peuvent être trompeuses pour le consommateur : “Une préparation à base de viande et de matières végétales, comme le soja, très rentable pour le producteur par rapport à un bifteck pur bœuf, peut faire l’objet d’une présentation ‘marketing’ qui donne l’impression au consommateur qu’il consomme uniquement de la viande.”
Pour certains produits alimentaires, la parade est déjà trouvée avec des appellations telles que “vromage”. L’entreprise à succès de Clermont-Ferrand sera-t-elle concernée par la mesure sachant qu’elle s’appelle La Petite Frawmagerie ?
En marge des acteurs historiques du biologique, les leaders de l’agroalimentaire investissent de plus en plus dans la filière végétale à l’instar de Bonduelle, Fleury Michon et Nestlé à travers sa marque de charcuterie Herta. En 2016, Danone rachetait pour 12,5 milliards de dollars l’américain WhiteWave Foods, spécialiste des produits biologiques. « Il y aura forcément un délai pour laisser le temps à l’industrie agroalimentaire de s’adapter », assure à L’Usine Nouvelle Jean-Baptise Moreau, le député LREM qui a porté l’amendement.
Un texte élaboré pour la filière viande ?
La mesure fait néanmoins des vagues chez certains adeptes du végétalisme ou du veganisme. D’autant plus que son auteur, Jean-Baptiste Moreau est éleveur bovin et président de coopérative agricole lorsqu’il n’est pas sur les bancs de l’Assemblée. Le député se défend pour autant de défendre la filière viande : « Je ne vois pas en quoi cette mesure empêche le succès des produits vegans. S’ils ne mangent plus de viande, où est le problème de ne plus utiliser de vocables liés à l’alimentation carnée ? »
On peut s’interroger à juste titre sur les limites du dispositif : est-ce que les saucisses ou le hamburger ont vraiment leur place dans cette liste alors que leur etymologie ne renvoie pas forcément à la viande ? L’association de défense des animaux L214 a ironisé sur l’amendement en rappellant nombre de vocables trompeurs qui tiennent une bonne place dans nos assiettes, du beurre de cacachuètes au fromage de tête.
« Il faut qu’on le retravaille avec le ministère de l’agriculture mais il y aura sans doute une liste d’appellations qui sont utilisées dans le domaine carné et qui n’ont pas vocation à s’appliquer à des produits essentiellement composés de végétaux », explique Jean-Baptiste Moreau. Face à ces débats, nous sommes tentés de citer le soupir de Juliette à propos de son Roméo : “Ce que nous appelons une rose, sous un autre nom, sentirait aussi bon.”

 

 

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