article de Julien Rapegno :  https://www.lamontagne.fr/gueret/economie/agroalimentaire/2018/06/01/jean-baptiste-moreau-depute-de-la-creuse-lelevage-des-poules-en-cage-va-seteindre_12870188.html

 

 

Jean-Baptiste Moreau, député de la Creuse : « L’élevage des poules en cage va s’éteindre »

Quelle est pour vous la principale avancée de cette loi agriculture et alimentation ?

C’est qu’elle va permettre de redonner aux producteurs et aux agriculteurs la capacité de vivre de leur métier. Avec l’inversion du calcul du prix qui sera désormais basé sur les coûts de production. Au niveau de la grande distribution, il y a d’une part l’encadrement des promotions, l’augmentation du seuil des ventes à perte et aussi l’amendement que j’ai porté qui va permettre de dissoudre les accords entre les centrales d’achat.

 

Votre proposition visant à interdire d’appeler steak des préparations  à base de végétaux est passée. Est-ce un gage donné à vos collègues éleveurs ?

Oui, il s’agit surtout de tenter d’endiguer l’« agribashing ». L ‘une de mes déceptions c’est de ne pas avoir réussi à aller jusqu’au bout. On a bien vu que sur le bien-être animal ou sur le glyphosate on a eu affaire à des positions caricaturales.

 

Vous avez déposé un amendement visant à interdire le glyphosate et vous l’avez retiré. Assumez-vous ces contradictions ?

C’est en le rédigeant que je me suis rendu compte que c’était idiot de l’inscrire dans la loi. Puisqu’on posait des conditions sur des cas d’impasses techniques qu’on ne résolvait pas.

Le ministère de l’Agriculture peut très bien interdire le glyphosate dans trois jours par un arrêté. J’ai échangé avec le président de la République jeudi à ce sujet : c’est l’un de ses engagements et il sera tenu. Il n’est pas utile de le mettre dans la loi.

En outre, l’interdiction de molécule ne se tranche pas au niveau de la loi mais au niveau réglementaire. Le ministère de l’Agriculture peut très bien interdire le glyphosate dans trois jours par un arrêté. J’ai échangé avec le président de la République jeudi à ce sujet : c’est l’un de ses engagements et il sera tenu. Il n’est pas utile de le mettre dans la loi. Le glyphosate est devenu emblématique d’un côté comme de l’autre : son interdiction est perçue comme une attaque contre l’agriculture en général. C’est une erreur, car les agriculteurs peuvent très bien s’en passer et travailler autrement. Pour la population, ce même produit est devenu l’emblème de la pollution, alors que c’est loin d’être le plus dangereux. On ne le retrouve quasiment jamais dans l’alimentation.

 

Jean-Baptiste Moreau a affiché sa volonté d’accompagner la transition écologique

Au niveau de la symbolique, le signe envoyé par cette loi aux consommateurs ne reste-t-il pas un peu faible ?

Pour emmener les agriculteurs vers un nouveau modèle agricole, il faut déjà qu’ils arrivent à vivre de leur production. Il est inutile de les braquer alors que le débat sur le glyphosate est de toute façon tranché. De toute façon, dans trois ans, la sortie du glyphosate sera effective. Nous voulons accompagner les filières vers cette sortie.

Donc, rien de coercitif…

Dans trois ans  ça sera coercitif. Si on n’a pas réussi à diminuer ou à supprimer ce produit, on fera un projet de loi. Nous voulons laisser le temps à la recherche de trouver des solutions alternatives et il faut convaincre nos partenaires européens. Si nous sommes les seuls à sortir du glyphosate, l’impact est nul. On va importer des produits traités.

Le vote sur le glyphosate des députés d’Auvergne et du Limousin

Il y a une prise de conscience du monde agricole. La FNSEA a proposé des solutions qui permettent de sortir du glyphosate. Tout ne dépend pas de la loi. La loi ça peut-être aussi une façon de botter en touche. Les lois bavardes avec des objectifs qu’on n’atteint pas, notamment sur les surfaces en bio, il y en a eu. S’il n’y a pas d’accompagnement, rien ne se passe.

Vous comprenez que des citoyens soient déçus par ce projet de loi par rapport aux attentes générées par les états généraux de l’alimentation ?

Nous avons tout de même élargi l’interdiction des néonicotinoïdes à toutes les nouvelles molécules. Il y a aussi les 50 % de produits bio et locaux dans la restauration collective.

Cette règle de 50 % de produits bio d’ici 2022 ne va-t-elle pas se heurter aux mesures d’économies imposées aux collectivités territoriales et aux établissements hospitaliers ?

Il ne faut pas d’arrêter aux discours misérabilistes de certains élus. En Maine-et-Loire, 75 % des cantines scolaires servent plus de 50 % de produits bio et locaux. Le coût est un prétexte. Il faut réduire les portions et le gaspillage.

Il y a un blocage spécifique dans les Ehpad ou les hôpitaux qui sont désormais dans groupements hospitaliers et sont approvisionnés par des appels d’offres portant sur des quantités considérable, qui éliminent automatiquement les produits locaux…

Oui, il va falloir adapter ces mécanismes et donc le code des marchés publics. Cela peut-être réglé par des décisions gouvernementales. Il faut que ce soit conforme en revanche au droit européen. On peut jouer dans les appels d’offres, non sur une provenance géographique précise, mais sur les « externalités environnementales », dont le transport.

Le poulailler rempli des 15.000 poules pondeuses…

 

Les amendements sur le « bien-être » animal ont été retoqués en bloc. Encore une occasion manquée de donner des gages de bonne volonté aux organisations environnementales ?

Non. Il y a eu de grandes avancées, quoiqu’en disent les médias. On a travaillé avec l’interprofession avicole, il y a interdiction d’installation de toute nouvelle installation ou rénovation de bâtiment s’agissant des poules en cage, donc ça va s’éteindre. La filière s’est donnée pour objectif : 50 % de poules en plein- air à l’horizon 2025, contre 20 %. J’ai encoreeu  le ministre de l’agriculture ce vendredi matin.

On va mettre la pression sur les filières pour qu’elles prennent en compte le bien-être animal. C’est une attente de la société aujourd’hui.

On va mettre la pression sur les filières pour qu’elles prennent en compte le bien-être animal. C’est une attente de la société aujourd’hui. C’est vrai qu’au départ c’est l’association L-214 qui a apporté cette notion, mais l’opinion suit. Sur le broyage des poussins, il y a des recherches sur le sexage des embryons qui doit permettre de faire naître uniquement des femelles et donc d’éviter l’élimination des mâles.

Vous avez aussi voté contre la vidéosurveillance dans les abattoirs…

On a adopté une expérimentation sur deux pour mesurer l’impact de cette vidéosurveillance sur les services vétérinaires, du point de vue de la compatibilité avec la loi informatique et liberté., et donc l’acceptation des salariés. En outre, il y aura un responsable protection animale, qui a un statut de salarié protégé et de lanceur d’alerte, dans chaque abattoir, quelle que soit sa taille. Le welfare (bien-être) qui est déjà très présent en Europe du Nord va descendre : il faut qu’on mette en place un véritable label de la naissance à l’abattage. Ca ne peut se faire, encore une fois, qu’en concertation avec la profession.

Plusieurs amendements allant dans le sens de l’environnement sont venus des rangs de votre majorité et on a l’impression que le ministre de l’agriculture a coupé court à tout. Et qu’il a beaucoup écouté les lobbies agricoles. Comment vous positionnez-vous exactement ?

C’est mon rôle de jouer l’interface entre le gouvernement et les députés et de trouver des équilibres. J’ai essayé d’avancer de convaincre le ministre mais les seuls lobbies qui ont mis la pression, c’est L-214 qui m’a envoyé 5.000 e-mails entre vendredi et samedi sur les poules en cage et celui des anti-glyphosate : mes pages Facebook ont été pourries de gens qui m’insultaient et promettaient de me traiter avec ledit désherbant ! Il est vrai qu’il y a eu des amendements portés par différents groupes des deux côtés. Sinon, je ne suis pas là pour juger le ministre. On n’a pas toujours été d’accord. Je m’entends bien avec Travert et Hulot, j’ai tenté de maintenir le lien entre les deux.

Propos recueillis par Julien Rapegno