Manuel Valls candidat à la mairie de Barcelone

REUTERS25/09/2018 à 19:27

« JE VEUX ÊTRE LE PROCHAIN MAIRE DE BARCELONE »

BARCELONE/PARIS (Reuters) – L’ancien Premier ministre français Manuel Valls a ouvert mardi une nouvelle phase de sa vie politique en annonçant sa candidature aux municipales de l’an prochain à Barcelone, un pari risqué pour cet homme rallié à Emmanuel Macron.

Le député de l’Essonne, ancien socialiste désormais apparenté à La République en marche (LaRem), est la première figure politique de premier plan à briguer un mandat important au-delà des frontières françaises.

« Je veux être le prochain maire de Barcelone », a-t-il déclaré lors d’un meeting.

Partisan d’un maintien de la Catalogne dans le giron de Madrid, Manuel Valls a montré ces derniers mois son appétence pour la politique espagnole en multipliant réunions et visites à Barcelone, où il s’est encore rendu le 6 septembre pour présenter un livre-réquisitoire contre les indépendantistes écrit à plusieurs mains (« Anatomie du processus »).

Cette aventure catalane reste cependant un pari pour l’ancien chef du gouvernement, raillé sur place par certaines personnalités politiques et les satiristes pour sa méconnaissance supposée des réalités locales.

Un sondage publié début juillet accordait 5,2% des intentions de vote à Ciudadanos, le parti centriste avec lequel il a le plus d’affinités, en vue des municipales du 26 mai 2019.

A l’aise en castillan comme en catalan, il est né il y a 56 ans dans la deuxième ville d’Espagne d’un père catalan et d’une mère suisse avant d’obtenir, à l’âge de 20 ans, la naturalisation française.

C’est en France qu’il a fait toute sa carrière, à l’aile droite du Parti socialiste et à Evry (Essonne), dont il a été maire de 2001 à 2012, jusqu’à devenir ministre de l’Intérieur en 2012, puis Premier ministre de François Hollande en 2014 et enfin candidat malheureux à la primaire de la gauche en 2017.

« Après ce qu’il s’est passé l’an dernier, il était incapable d’être heureux. Il a quitté son parti, il quitte son pays. C’est en quelque sorte un réflexe de survie », analyse un ancien compagnon de route au PS.

« BON DÉBARRAS »

Sa candidature à Barcelone pose aux yeux de l’opposition la question de sa démission de l’Assemblée nationale.

Même en cas d’élection, il ne serait pas tenu de renoncer à son mandat de député, la législation sur le non-cumul des mandats ne valant que pour les fonctions occupées en France.

« Candidat aux municipales dans une ville étrangère, le député apparenté LaRem @manuelvalls aura-t-il la décence de démissionner de l’Assemblée NATIONALE ? », a ainsi écrit sur Twitter la députée et présidente du Rassemblement national (ex-Front national) Marine Le Pen.

La cheffe de file du groupe socialiste de l’Assemblée, Valérie Rabault, lui a elle aussi suggéré de passer la main, jugeant qu' »on ne peut pas être élu de la République française et en même temps mener une campagne à Barcelone ».

Du côté de l’extrême gauche, on ne semblait pas regretter mardi sa disparition possible des couloirs de l’Assemblée.

« J’hésite entre ‘bon embarras’ et notre amour pour le peuple espagnol, à qui je ne souhaite pas de récupérer Manuel Valls », a dit à Reuters la députée communiste Elsa Faucillon.

Le député de l’Essonne, Alexis Corbière (La France insoumise) a retenu pour sa part « une chaise vide ».

« Senior Valls, no chancullos, pas de magouilles », a-t-il demandé, invitant le candidat à « démissionner de l’ensemble de ses mandats » et mettant en garde contre les « carabistouilles » qui consisteraient pour Manuel Valls à conserver une place à la mairie d’Evry ou dans la communauté d’agglomération.

La France insoumise, dont la candidate Farida Amrani avait perdu de justesse en 2017 contre Manuel Valls, croit en ses chances en cas de législative anticipée dans l’Essonne.

Pour le député LaRem de La Creuse Jean-Baptiste Moreau, Manuel Valls manquera dans l’hémicycle. « On n’a pas 50 anciens Premiers ministres dans le groupe, ses interventions étaient toujours pertinentes », a-t-il fait remarquer.

Manuel Valls a aussi reçu le soutien de membres du gouvernement comme le ministre de la Transition écologique François de Rugy et son collègue des Comptes publics Gérald Darmanin, qui a salué une candidature emprunte de « panache ».

(Simon Carraud et Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse)