« Cela sautait plutôt aux yeux mais ça va mieux en le disant. Jean-Baptiste Moreau n’est «pas un poulet de trois semaines». Voilà la droite avertie, qui tentait ce jour-là dans l’hémicycle de jouer la campagne contre les villes. «Je comprends bien le jeu de nos collègues du groupe LR, qui nous présentent, nous, de LREM, comme des députés urbains, startupers déconnectés du terrain», s’était agacé l’élu marcheur de la Creuse.

Lui n’a pas grand-chose de l’étiquette «nouveau monde bobo-ubérisé» qui colle au parti présidentiel. Le quadra, qui a repris en 2006 l’exploitation familiale de 130 vaches à Aulon, près de Guéret, a pourtant été séduit par Macron, taxé par la droite de président des métropoles se fichant des territoires ruraux. «Ce n’est peut-être pas son premier domaine de compétence, mais il s’y connaît plus que Wauquiez. Il écoute, pose les bonnes questions», vante Jean-Baptiste Moreau, qui échange avec lui sur le dossier agricole par l’application Telegram. Moreau doit participer, ce jeudi à l’Elysée, à la réception d’agriculteurs et sera de la délégation présidentielle au Salon de l’agriculture samedi.

Novice.
C’est là qu’ils se sont rencontrés il y a un an, «sur le stand de l’interprofession». Moreau avait rejoint En marche en mars 2016. A l’issue du déjeuner, Macron «m’a demandé si j’allais me présenter aux législatives et m’a glissé : « Tu devrais y penser »». Un an plus tard, voilà l’ex-sympathisant socialiste élu député, tout en gardant un œil sur sa ferme le week-end. L’exécutif et la majorité, en mal d’ancrage local et soucieux de battre en brèche le cliché d’un parti repaire de Parisiens branchés, n’hésitent pas à mettre en avant son profil. Après avoir reçu des élus creusois échaudés par les difficultés de l’équipementier GM & S, Macron l’a chargé de faire des propositions pour revitaliser le département. Et Moreau a été désigné rapporteur du projet de loi sur l’agriculture.

Sur ce texte, issu des états généraux de l’alimentation et qui sera discuté fin mars à l’Assemblée nationale, il travaillera notamment avec une autre députée-agricultrice, Sandrine Le Feur. La maraîchère bio de 26 ans, élue LREM du Finistère, s’est illustrée en octobre en prenant l’initiative d’une tribune, signée par une cinquantaine de ses collègues de la majorité, demandant l’interdiction «le plus rapidement possible» du glyphosate au sein de l’UE. Elle aussi novice en politique, elle a rallié En marche après la primaire du PS, puis a envoyé sa candidature, encouragée par Richard Ferrand, aussi député du Finistère, Christophe Castaner et François de Rugy.

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C’est le discours «sur la libération du travail mais assortie de protections» qui a parlé à cette «cheffe d’entreprise». A la tête, avec son conjoint, d’une exploitation d’une quarantaine d’hectares à Pleyber-Christ, près de Morlaix, cette ex-syndiquée à la Confédération paysanne plaide pour engager une transition agricole. Dans ce département qui a placé Macron largement en tête et offert ses huit sièges à des députés LREM et Modem, «on a une identité forte, on n’a pas besoin qu’on vienne nous parler de terroir», tacle Sandrine Le Feur, pour qui LR «n’a plus que la récupération politique à tenter».

Créneau.
Outre ces deux figures, ils seront nombreux à plancher sur la loi agricole. Le groupe de travail LREM sur le sujet a grimpé à une centaine de membres. Et le groupe d’études sur la ruralité, composé de députés de tous les groupes, compte 90 marcheurs. «Les députés LREM des circonscriptions rurales viennent souvent de la société civile et n’étaient pas dans la garde rapprochée durant la campagne. Le temps de prendre nos marques, d’être repérés des médias, on va montrer que LREM n’est pas une histoire de grandes villes», mise Perrine Goulet, élue de la Nièvre.

Le débat sur l’agriculture devrait leur donner une occasion de prendre la lumière. Encadrement des promotions dans la grande distribution, relèvement des seuils de revente à perte pour mieux rémunérer les agriculteurs : une soixantaine de députés LREM sont déjà montés au créneau contre Michel-Edouard Leclerc et sa «guerre des prix» bas qui nuit aux agriculteurs. Remonté contre le texte, le patron de la grande distribution a invité début février à déjeuner une dizaine de députés et sénateurs de tous bords. «Les mêmes LR qui se font les chantres de la ruralité n’ont alors pas hésité à lui cirer les pompes», retourne Moreau. »

l’article dans Libération :

http://www.liberation.fr/france/2018/02/21/lrem-degaine-ses-atouts-ruraux_1631413