Glyphosate : l’Assemblée renonce à fixer une date d’interdiction

L’exécutif souhaite se donner du temps pour trouver une solution satisfaisante pour le monde agricole. Et affirme que la promesse d’Emmanuel Macron de bannir le principe actif du Roundup de Monsanto sera tenue.

C’était un engagement présidentiel, mais il faudra encore être patient pour le voir se concrétiser. L’Assemblée nationale a rejeté, dans la nuit de lundi à mardi, plusieurs amendements – y compris certains portés par La République en marche (LREM) – qui visaient à graver dans  la loi agriculture et alimentation la sortie du glyphosate en 2021. Objectif : se donner un peu plus de temps pour trouver une solution satisfaisante pour le monde agricole.

Après la décision de l’Union européenne en novembre 2017 de renouveler la licence de l’herbicide controversé pour cinq ans, Emmanuel Macron avait promis que la substance, principe actif du Roundup de Monsanto , serait interdite en France « dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans ».

Ne pas « relancer les tensions »

Le chef de l’Etat « a fixé un objectif ambitieux et pragmatique » et « nous mettons toutes les chances de notre côté » en poursuivant notamment les recherches sur les alternatives, a déclaré le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert dans l’hémicycle.

« L’inscrire dans la loi, c’est relancer des tensions », a abondé le rapporteur Jean-Baptiste Moreau (LREM), lui-même agriculteur. « A ce stade, soyons en confiance » avec les agriculteurs, a aussi plaidé le chef de file LREM Richard Ferrand, menaçant de légiférer en cas de « mauvaise volonté ».

« J’ai complètement confiance en Emmanuel Macron et donc je ne juge pas utile de l’instaurer dans la loi », a, de son côté, justifié Jean-Baptiste Moreau, rapporteur LREM de la loi agriculture et alimentation.

Pas d’échéance

Conséquence directe de cette volonté de prendre son temps, la plupart des amendements proposés ont été rejetés. A commencer par ceux de la commission du Développement durable de l’Assemblée et de l’ex-ministre PS Delphine Batho (devenue députée non-inscrite) , qui posaient un terme au 1er juillet 2021.

Un autre amendement prévoyant l’échéance du 1er mai 2021, avec des dérogations possibles jusqu’en 2023, a été également repoussé par 63 voix contre 20. Il était porté par Matthieu Orphelin (LREM), proche du ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, et cosigné par une cinquantaine de membres du groupe majoritaire.

Commission de suivi

« Tout le monde s’attendait à ce que cette parole [d’Emmanuel Macron] soit transposée dans le texte », a rappelé l’ex-secrétaire d’Etat à la Biodiversité, Barbara Pompili (LREM), disant sa « peur » de ne pas arriver à « tenir » cette promesse « dans trois ans ».

Le ministre a proposé aux parlementaires une « commission de suivi » des avancées de la recherche sur les alternatives. Sur fond de « controverse scientifique sur sa dangerosité », il a aussi estimé nécessaire d’« approfondir les connaissances » sur le glyphosate même, en vue du prochain débat européen.