interview dans La Montagne :
« Une séquence de forte exposition a débuté pour le député LREM de la Creuse : il jouera un rôle clé dans l’adoption de la loi sur l’alimentation. Jean-Baptiste Moreau s’impose plus que jamais comme une charnière incontournable entre l’action gouvernementale et le monde agricole.

En ce moment, il est partout. Jean-Baptiste Moreau, éleveur à Aulon et député La République en marche de la Creuse est très sollicité par les médias nationaux. Ce mercredi, il a été désigné officiellement comme rapporteur de la loi sur l’alimentation.

Serez-vous celui qui parviendra à rallier les agriculteurs à la nécessité de la transition écologique ?

Je peux assumer aussi ce rôle. La place de l’agriculture française sera toujours sur les créneaux de qualité et pas du tout dans la production de masse.

Avec le ministre de l’Environnement Nicolas Hulot, ça se passe très bien, c’est quelqu’un de pragmatique, qui est à l’écoute.

C’est l’esprit du discours du président Macron à Clermont-Ferrand la semaine dernière….

Je ne sais pas si c’est lui ou moi qui l’a inspiré à l’autre (rires), mais on est d’accord. Avec le ministre de l’Environnement Nicolas Hulot, ça se passe très bien, c’est quelqu’un de pragmatique, qui est à l’écoute. Comme mes collègues agriculteurs, j’avais des appréhensions avant de le rencontrer. Il sait ce que sont des contraintes économiques et des contraintes sociétales.

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La profession agricole est-elle mûre pour accepter ce basculement vers un autre modèle ?

Il faut y aller, on voit bien que le système actuel ne convient pas. Si les agriculteurs grincent encore un peu des dents, ils ont conscience qu’il n’y a plus d’acceptation au niveau de la société sur certains produits phytosanitaires. On peut continuer à hurler mais, au final, ça nous dessert.

Vous êtes donc favorable à l’interdiction du glyphosate ?

Je ne sais pas personnellement si le glyphosate est dangereux ou pas. Ce qui est sûr, c’est que médiatiquement, la bataille est perdue. Il faut qu’on mette en place des conditions qui permettent de nous passer du glyphosate. C’est un message qui est plus difficile à faire passer chez les céréaliers. Le rapport de l’INRA montre que dans 90 % des cas on peut se passer de ce produit. Il reste 10 %, c’est-à-dire les non-labours et l’agriculture de conservation des sols, là on est dans une impasse technique. On a trois ans pour trouver une solution alternative, mais on ne va pas interdire ces techniques agro-écologiques.

Comment envisagez-vous votre rôle de rapporteur de la loi sur l’alimentation ?

Je vais négocier avec le ministère de l’agriculture et le ministre, les amendements, les modifications proposées par les parlementaires. Je n’ai aucun souci avec le fond de ce projet, je pense qu’on peut l’enrichir dans l’axe de la transition écologique. C’est le travail du législateur d’améliorer les textes de lois tels qu’ils sont présentés par le Gouvernement. Par exemple, on peut éclaircir les procédures à mettre en place autour de la méthanisation.

Les conditions d’abattage du bétail sont bien abordées dans ce texte ?

Oui, il y avait une commission d’enquête sur le sujet lors de la précédente mandature, présidée par Olivier Falorni. Son rapport mentionnait qu’il fallait installer des webcams dans les abattoirs. Proposition qui n’a pas été retenue dans le projet de loi mais qui, je pense, devra être intégrée afin de rassurer le consommateur.

Ramener de la valeur dans les exploitations c’est le cœur du modèle, avec en parallèle l’évolution vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Et ce changement de modèle est vertueux

Dans ce projet de loi, qu’est-ce qui vous semble le plus important ?
C’est clairement de ramener de la valeur dans les exploitations agricoles, de permettre aux agriculteurs de vivre de leur production. C’est le cœur du modèle, avec en parallèle l’évolution vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Et ce changement de modèle est vertueux car il va permettre aux agriculteurs de mieux vivre de leurs productions et pas seulement des aides.

Cette loi promet aussi une alimentation de meilleure qualité. Qui va payer le surcoût ?

Il ne faut plus dire : l’alimentation ça ne coûte rien. La part de l’alimentation dans le budget des ménages a considérablement baissé ces dernières décennies. C’est bien, c’était le but de la politique agricole commune mais on ne peut pas descendre en dessous d’un certain prix. Il faut que le consommateur mette en cohérence ses actes d’achat avec ses demandes. Il veut des produits qui respectent l’environnement, plus naturels et donc qu’il paye le juste prix des coûts de production supérieur. Il faut aussi agir sur la marge de la grande distribution.

Ce projet de loi va-t-il assez loin notamment sur les contraintes qui pèseront sur la grande distribution ?

Ceux qui le critiquent vont pouvoir l’amender et ce sera ensuite à moi de négocier avec le ministère s’il y a des propositions intéressantes à reprendre. Je vais être ouvert aux idées de l’opposition comme de la majorité. Ça ira de toute façon un peu plus loin que le projet présenté al semaine dernière en conseil des ministres.

Recueilli par Julien Rapegno

à retrouver  dans La Montagne :

https://www.lamontagne.fr/gueret/economie/politique/2018/02/07/transition-ecologique-le-depute-de-la-creuse-jean-baptiste-moreau-veut-convaincre-les-agriculteurs_12731868.html