Les PME de l’agroalimentaire favorables à l’amendement Moreau (et elles ne sont pas les seules)

ADELINE HAVERLAND ,

PUBLIÉ LE

Il aura fallu près d’une semaine pour que les premières réactions à l’amendement Moreau, qui exclut les produits agricoles et agroalimentaires des négociations commerciales annuelles, se fassent entendre.  Des agro-industriels, comme le patron France de Nestlé, mais aussi Michel-Edouard Leclerc font part de leur satisfaction quant à ce projet de supprimer le cadre actuel.

Mercredi dernier, au final d’une séance mouvementée de débats sur la loi des Etats Généraux de l’alimentation, les députés décidaient d’adopter un amendement excluant les produits agricoles et agroalimentaires des négociations annuelles qui régissent, pour l’année en cours, les relations entre les industriels, les producteurs et la distribution.
Ce texte, qui doit « remettre à plat un système défaillant » pour reprendre les termes de Jean-Baptiste Moreau, a pris de court tous les acteurs impliqués. Une semaine après l’adoption de l’amendement, les premières réactions officielles se font enfin entendre.

LE PDG DE NESTLÉ FRANCE Y VOIT UNE OPPORTUNITÉ

Richard Girardot est le premier a avoir dégainé. Dans un post de blog, publié dés le 20 avril, le PDG de Nestlé France exprime ses préoccupations. « Notre environnement commercial vient de voler en éclats ! » résume le dirigeant qui déplore que « cette décision crée un peu plus l’incertitude dans un environnement déjà instable. »

Le PDG de la filiale France du géant agroalimentaire suisse demande aux acteurs des négociations commerciales de s’atteler à travailler à une réponse collective qui devra « mettre la création de valeur pour chaque maillon de la filière alimentaire au cœur de son ambition. »
Si tel est le cas, l’amendement Moreau pourrait alors offrir une « une opportunité sans précédent de repenser complètement le modèle pour les prochaines années » estime Richart Girardot.

Les fournisseurs PME favorables à l’amendement

Même son de cloche chez la Fédération des Entreprises et Entrepreneurs de France (FEEF), qui représente les fournisseurs PME de la distribution. A travers la parole de son président Dominique Amirault, la FEEF s’est dite d’accord avec le texte du député Moreau.

Pour le responsable, les négociations annuelles, dans leur forme actuelle, ne sont pas adaptées à la structure des PME. « Sortir du carcan de la négociation annuelle va donc permettre aux PME de se concentrer plus facilement sur le développement du commerce avec son client et relancer la création de valeur » explique Dominique Amirault.

L’entrepreneur estime toutefois que le texte de loi ne suffira pas à faire évoluer les choses et demande un « changement culturel pour passer de l’attitude conflictuelle, caractéristique de ce qui se passe dans le box et qui favorise la guerre des prix, au dialogue collaboratif. »

Pour cela, Dominique Amirault souhaiterait rendre obligatoire l’application du tarif commercial du fournisseur de produits agricoles ou transformés auprès des distributeurs. « Le tarif commercial est non négociable. Seules les conditions de développement des ventes (remises, ristournes, prestations de service,…) sont négociables. Il serait judicieux de réaffirmer le principe de primauté du tarif dans le texte de loi ! » conclut le représentant des PME.

Les autres acteurs de la grande distribution et les fédérations de producteurs ne se sont pas encore prononcés. Fort à parier qu’ils le feront avec le vote de la loi prévue le 22 mai prochain.

La grande distribution demande un alignement avec la situation mondiale

Enfin, ce 25 avril, un des pontes de la grande distribution Michel Edouard Leclerc s’est prononcé à son tour. Enthousiaste, le dirigeant de l’enseigne de grande distribution se dit satisfait par l’initiative : « l’amendement Moreau va dans le bon sens » précise t il. « Cet amendement parlementaire constitue une bouffée d’air, une contribution à la paix sociale ! » ajoute le dirigeant breton.

Michel Leclerc réclame notamment l’alignement avec les conditions de négociations appliquées ailleurs dans le monde:  » D’où tire-t-on qu’il existerait un marché français où les tarifs seraient fixés une fois par an, alors que les principaux opérateurs (industriels et distributeurs) continuent de négocier partout ailleurs dans le monde, à commencer par les pays limitrophes ? » 

Les autres acteurs de la grande distribution et les fédérations de producteurs ne se sont pas encore prononcés. Fort à parier qu’ils le feront avec le vote de la loi prévue le 22 mai prochain.