Idées en vrac pour le prochain amendement de Mr. Jean-Baptiste Moreau

En bon pays riche qui se respecte, il en va de la responsabilité des députés d’adopter des lois réglant le problème des pays riches. En bon citoyen d’un pays riche, je me sens obligé d’apporter ma pierre à l’édifice que constitue le projet de loi sur l’alimentation et l’agriculture et son amendement interdisant de désigner une boisson à l’amande par le terme « lait ».

Mr. Jean-Baptiste Moreau,

Je soutiens entièrement l’amendement du projet de loi sur l’alimentation et l’agriculture qui a été pour moi une révélation et un des textes fondateurs de ma nouvelle vie de consommateur éclairé.

Quelle ne fut pas ma stupeur de constater que les vaches à amandes n’existaient pas, que les abattoirs à soja avaient fermé depuis belle lurette…

Afin d’éviter toute confusion future, il me semble indispensable d’alerter les français sur les dangers de l’utilisation de termes alimentaires pour des produits non-alimentaires, et sur les risques d’erreurs à l’intérieur même du domaine alimentaire.

Ainsi, pour ne plus voir d’enfants manger leur frite en mousse à la piscine par confusion, j’opterais pour le terme « dispositif flottant cylindrique en mousse ». Il faudra compter sur l’intelligence des utilisateurs pour distinguer la mousse du dispositif flottant cylindrique de celle de la bière qui n’ont rien à voir.

Les produits cosmétiques éparpillés dans nos salles de bain nous infligent un parcours du combattant exténuant chaque matin afin d’appliquer le bon produit au bon endroit, dans les bonnes conditions, car leur dénomination n’est pas claire !

Les laits démaquillants (ne provenant pas de vaches démaquillantes) n’ont plus à porter ce nom qui pourrait porter à confusion et entrainer leur consommation et l’intoxication des utilisateurs.

De même, toutes les crèmes cosmétiques vont devoir être renommées. Pas plus tard que la semaine dernière j’ai utilisé une crème de jour pour faire un gratin de pâtes en pleine journée. Le goût n’était pas au rendez-vous.

Je tiens également à préciser que l’huile pour barbe ne fait pas de bonnes vinaigrettes, bien que les feuilles de salades soient plus soyeuses (attention ça imprime très mal dessus), leur digestion m’a infligé des douleurs abdominales atroces.

L’appellation « eau de toilette » comporte des ambiguïtés, à une lettre près on se retrouve à se pulvériser de l’eau des toilettes dans le cou, ou pire ! à la boire… L’eau de toilette, même si elle s’appelle eau n’est pas de l’eau, quand on la boit c’est d’abord très chaud à l’intérieur, puis très frais, puis re-très chaud par derrière.

Au sein même de l’alimentaire les confusions sont nombreuses.

En achetant une courge butternut la semaine dernière, je m’attendais à trouver du beurre à l’intérieur (comme un Kinder Surprise mais genre naturel) et bien absolument pas. L’ouverture m’a demandé l’utilisation d’un requin marteau très difficile à trouver en cette saison et s’est avérée encore plus complexe que les ouvertures faciles des emballages des filets de dinde (attention aussi ici : vous ne pouvez pas attraper des poissons avec des filets de dinde). Afin de savoir quel aliment entre le beurre et la courge butternut a la légitimité du mot beurre, il faut savoir lequel des deux est apparu en premier. Une petite recherche Wikipédia s’impose, partons donc sur la page du mot « beurre ». La page présente une peinture d’une motte de beurre – rien à voir avec les mottes de terre -, nous explique que le premier moule à beurre – rien à voir avec les moules des moules frites (pas les dispositifs flottants cylindriques) – a été trouvé en Irlande, dans le comté d’Offaly en Irlande – rien à voir avec le fromage – et date de 3000 ans avant J-C. Sur la page de la courge butternut, je découvre avec stupeur qu’elle s’appelle également courge doubeurre donc là, c’est encore pire car on peut, en plus de la confondre avec du beurre, la confondre avec du beurre doux. Rien sur son histoire, je passe donc sur la page en anglais. Aïe. Courge en anglais se dit squash, comme le sport… Ne pas confondre, ne pas confondre, ne pas confondre… On y découvre qu’elle a été « inventée » dans les années 40 aux Etats-Unis. Allez plié, donc le beurre s’appellera beurre et la courge butternut devra faire l’objet d’un amendement afin d’être renommée.

Bref, à travers cet exemple concret, vous voyez que c’est l’ensemble des produits de consommation qui doivent être renommés et que ce problème de dénomination doit être une priorité du gouvernement et des députés.
Je vous souhaite bon courage, Monsieur, pour prendre la suite de mon petit travail d’enquête, vous verrez c’est à s’y fendre la poire (pas le fruit).